Revista de Direito do Trabalho - Ed. Especial

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7. Robotique Et Intelligence Artificielle. Reflexions Sur Quelques Enjeux Juridiques Et Anthropologiques

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Autor:

NICOLE MAGGI-GERMAIN

Maître de conférences HDR en droit social. Directrice de l’Institut des Sciences Sociales du Travail (Université Paris 1, Panthéon-Sorbonne). Membre du laboratoire Droit et changement social (UMR CNRS 6297) /MSH Ange Guépin, Nantes Nicole.Maggi-Germain@univ-paris1.fr

Sumário:

Área do Direito: Trabalho

Résumé: La robotisation des activités humaines constitue une source de transformations des rapports de l’homme à la machine. Sa dimension anthropologique représente un enjeu d’autant plus essentiel pour le Droit que la mise en récit de la grande transformation « disruptive » que constituerait l’industrie 4.0 estompe les frontières entre l’homme et la machine.Abstract: The robotisation of human activities is a source of transformations of the relationship between man and machine. Its anthropological dimension represents an issue that is more essential for the law, since the narrative of the great "disruptive" transformation that Industry 4.0 would constitute blurs the boundaries between man and machine.

Mots-clés: Robot, robotisation, intelligence artificielle, cobotique, transhumanisme, voiture autonome, économie digitale, responsabilité, droit civil, personnalité juridique, Droit, normes ISO, éthique, machine, humainKeywords: Robot, robotics, artificial intelligence, cobotics, transhumanism, autonomous car, digital economy, liability, civil law, legal personality, Law, ISO standards, ethic, machine, human

« Être informé de tout et condamné ainsi à ne rien comprendre, tel est le sort des imbéciles ».

Georges Bernanos (1947), La France contre les robots, le Castor astral, 2017, 263 p., p. 119

I.Introduction

Pendant que journal le Figaro annonce qu’en Chine « Le fabricant de l’iPhone remplace 60 000 ouvriers par des robots » 1 , en Allemagne, le groupe « Bosch multiplie les accords d’entreprises pour se préparer à la numérisation » 2 et « Siemens lance un “Fonds du futur” où les salariés choisiront leur formation » 3 . Dans le même temps, les chiffres communiqués dans différentes études internationales concernant la part des emplois automatisables apparaissent contradictoires 4 , alimentant ainsi, pour une large part, les fantasmes autour de la généralisation des robots.

Robot, robotique, robotisation : comment définir des termes proches mais porteurs de sens et de significations bien distincts ?

Le terme robot apparaît en 1921 sous la plume de l’écrivain tchèque Karel Capek dans une pièce de théâtre de science-fiction, R.U.R, Rossum’s Universal Robots, dans laquelle une créature artificielle est créée pour soulager l’homme. Le mot signifie « travail » (rabota), mais son sens premier est « esclavage » (ce qui donnera, par extension, activité laborieuse) 5 . Le robot est un artefact, c’est-à-dire un objet construit par l’homme, possédant des caractéristiques particulières lui permettant, par la collecte de données, d’interagir avec son environnement. C’est en cela qu’il se distingue de l’automate, qui obéit un programme préétabli, ou encore de l’avatar qui n’existe que dans le monde virtuel 6 . Un usage plus large de la définition permet d’y inclure « les bots (les robots sur Internet), agent conversationnel, et les biens connectés. Ce sont tous des programmes qui détectent nos réactions, s’adaptent à nous, et parfois même orientent nos choix à notre insu. Cela avec de plus en plus d’autonomie, et de plus en plus rapidement » 7 . Les chatbots sont des robots capables de conduire une conversation en ligne.

La notion de robotique se réfère aux activités qui utilisent cette technologie : la robotique industrielle 8 se distingue ainsi de la robotique de service. La première utilisait, en 2015 dans le monde, 1,5 million de robots, principalement dans les secteurs de l’électronique et de l’automobile 9 . La robotique de service représente un marché qui a été multiplié par trente en dix ans 10 . Les robots non autonomes ou semi-autonomes télé-opérés sont aujourd’hui plus répandus dans le secteur industriel 11 , domestique et militaire et dans le domaine de la santé 12 . Si la robotique est ancienne, on pense en particulier à son utilisation massive par l’industrie automobile 13 , deux phénomènes doivent cependant retenir notre attention : la robotisation, c’est-à-dire l’expansion de la robotique aux activités humaines auxquelles elle se substitue grâce à l’« intelligence artificielle » 14 , mais également l’association plus étroite entre le robot et l’homme, que l’on retrouve formulée dans le terme cobotique, « robotique collaborative », « applicable soit à la robotique mobile (par exemple, une boîte à outils robotisée capable de suivre son utilisateur, ou permettant le transport collaboratif de pièces encombrantes), soit à la robotique à poste fixe, avec coaction, le partage des tâches, entre l’homme et le robot » 15 . Au-delà du « travail partagé » 16 dans le cadre d’une « collaboration » entre l’homme et la machine, la cobotique suppose aussi, tant pour le robot que pour l’homme, de partager un même univers de travail. L’attention est aujourd’hui portée sur l’utilisation, par le robot, de « connaissances […] représentées par un réseau sémantique de concepts liés les uns aux autres par des relations hiérarchiques et sémantiques » 17 pour permettre un travail en amont sur la perception de l’homme par les cobots afin d’éviter tout danger et « rendre l’environnement plus intelligent » 18 . Mais comment ne pas s’interroger sur la capacité de l’homme et, plus spécialement du travailleur, à partager cet univers de travail avec le robot dans des conditions et selon des modalités qui ne remettent pas en cause la santé au travail, entendue dans son sens le plus large (physique et mentale) ? S’il est clair que la généralisation ou l’extension de la robotique dépend de plusieurs facteurs dont la capacité de la société à accepter cette transformation 19 , la dimension anthropologique de la robotisation des activités humaines doit être un objet d’étude à part entière. L’approche anthropomorphique généralisée dans laquelle s’insère aujourd’hui la robotique appréhendée dans sa dimension technologique – déconflictualisée et désidéologisée - ne peut manquer d’interpeller. Les « discours » autour du robot mobilisent des catégories de pensée que l’on réserve habituellement à l’être humain, parfois à l’animal : autonomie, capacité, intelligence [artificielle], apprentissage, neurones artificiels 20 , réalité [virtuelle 21 , augmentée 22 ] etc., autant de dénominations qui procèdent par analogie avec le monde des hommes, contribuant à en brouiller les frontières. Or, ce discours anthropomorphe est loin d’être neutre, comme le souligne très justement Serge Tisseron 23 . « Il vaudrait mieux parler de machine automatique plutôt qu’autonome, d’apprentissage automatique plutôt que d’intelligence artificielle, de simulation d’empathie plutôt que d’empathie artificielle et de réseaux de composants électroniques plutôt que de réseaux de neurones » 24 . L’exemple peut être donné des exosquelettes qui permettent une réduction de la pénibilité 25 . Est-ce l’homme qui se rapproche de la machine par une « interchangeabilité des pièces » caractéristiques de la machine 26 , ou bien la machine qui emprunte à l’homme certaines de ses qualités dans le cadre …

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13 de Agosto de 2022
Disponível em: https://thomsonreuters.jusbrasil.com.br/doutrina/secao/1188258122/7-robotique-et-intelligence-artificielle-reflexions-sur-quelques-enjeux-juridiques-et-anthropologiques-1-cuarta-revolucion-industrial-y-robotica